Cette année du rat 2009 signe les 160 ans de la communauté chinoise au…Pérou. La República del Perú possède une des plus anciennes communautés asiatiques d’Amérique latine - forte d’1,5 million de tusán (« chinois » dans le dialecte local), représentant 5% de la population péruvienne totale.
Aujourd’hui joyeusement fêté, le micro-mythe des premiers immigrés chinois est pourtant un tissu de tragédies personnelles et le reflet doré d’un épisode amer de l’histoire de l’esclavage moderne. Force de travail exploitée dans les années 1860 dans les mines de guano et les plantages de canne à sucre, gonflée cent ans plus tard d’une vague de fugitifs politiques post-ère communiste: voici la fibre douloureuse qui durcit la peau des sino-péruviens.
La capitale Lima arbore depuis un chinatown coloré, le Barrio Chino ou Calle Capón, et est devenue un des hauts lieux de la cuisine chifa (de chī fàn, « repas » en mandarin). Et étonnante chinoiserie: le vocabulaire quotidien péruvien s’est enrichi du mot « chaofa », lui aussi dérivé du mandarin, et désignant un plat de riz sauté - inattendu cousin de l’américanisme (faussement chinois) « chop suey ».
Un voyage au Pérou peut donc être plus asiatique que prévu: en achetant votre bouteille d’Inca Kola et quelques épis du national maïs violet « maíz morado », vous pénétrerez peut-être dans un des temples de la sino-latino attitude…La chaîne de supermarchés leader du pays n’est autre qu’un petit commerce du quartier liméen de San Isidro, tenu autrefois par le vénérable Erasmo Wong et devenu géant du paysage économique latino-américain.

Canards à Lima par Phoosh
La peau mordorée et les yeux en amande des descendants des coolies chinois, les effluves de canard laqué et le rouge flamboyant des devantures de magasins « Fabriqués en Chine » participent à l’explosion d’images, d’odeurs et de sensations que le Pérou vous offrira le temps d’un voyage à travers les époques et les continents.




Celui-ci, vous l’avez bien choisi, vous abrite sous son plafond rose, blanc et doré et le velours fatigué de ses banquettes laisse voir, impudique, sa trame tout usée. Mirettes, papilles et oreillettes réveillées, vous pensez à ce que vous allez commander. Un coup d’oeil rapide sur la carte, et déjà un mot s’échappe du maelström germanique: Kaffee. Le deuxième oeil s’allie au premier pour partir à la recherche d’un serveur, qui presque aussitôt entre dans la salle dans son costume trois-pièce noir corbeau – et vous voilà sur le point de comprendre pourquoi l’habit fait le moine. « Herr Ober! » tente un client à votre gauche. Vos souvenirs d’allemand vous reviennent, oui, c’est bien ça, « Ober » signifie donc « Garçon!» et … « supérieur ».





